
Le Mythe du Monopole :Pourquoi les "Grosses Boites" ne sont pas le problème
On pense souvent que le monopole est le résultat inévitable du "gros poisson qui mange le petit". Et si c'était l'inverse ? En me replongeant dans les travaux de Murray Rothbard, j'ai redécouvert que la définition même de la concurrence a été tordue au fil du siècle dernier. Aujourd'hui, je déconstruis avec vous le mythe du monopole naturel pour revenir à la seule définition qui compte : celle du privilège.
1. Le Grand Détournement Sémantique
Avant de parler de courbes et de graphiques, il faut parler de vocabulaire. Rothbard souligne un point fondamental : les mots "concurrence" et "monopole" ont changé de sens dans les années 1930.
- La définition classique (XVIIe - XIXe siècle) : La concurrence est un acte. C'est une rivalité dynamique. C'est essayer de faire mieux ou moins cher que le voisin. Même s'il n'y a qu'une seule entreprise sur un marché, elle subit la concurrence potentielle (si elle abuse, quelqu'un d'autre entrera sur le marché).
- La définition moderne (post-1930) : La concurrence est devenue un état statique. Les économistes ont inventé la "concurrence parfaite", un monde imaginaire où des millions de petites entreprises produisent exactement la même chose et n'ont aucun pouvoir sur les prix.
C'est là que le bât blesse. Si vous n'êtes pas dans cet état de "perfection" (inatteignable), vous êtes étiqueté comme "monopolistique" ou "imparfait". C'est un jugement de valeur déguisé en science.
2. L'Illusion de la "Courbe Horizontale" vs La Réalité
C'est ici que les économistes modernes nous ont tendu un piège intellectuel. Ils ont défini deux mondes :
- Le Mythe (La Courbe Horizontale) : C'est l'idéal théorique du manuel. Imaginez un petit fermier qui vend du blé. Son blé est identique à celui des millions d'autres fermiers. S'il augmente son prix d'un centime, personne ne lui achète rien. Il est esclave du prix du marché. Pour les économistes des années 30, c'est ça la "perfection" : être si petit qu'on n'a aucun pouvoir.
- La Réalité (La Courbe Descendante) : C'est le monde réel. Si Apple ou un artisan local augmente un peu ses prix, ils perdent quelques clients, mais pas tous. Pourquoi ? Parce qu'ils sont différents. Ils ont une marque, une qualité, un emplacement. Ils ont une marge de manœuvre.
Le coup de génie de Rothbard : "Nous sommes tous des monopoleurs"
Rothbard retourne la table en appliquant cela aux individus. Si vous êtes un ingénieur brillant ou un artiste talentueux, vous êtes unique. Vous n'êtes pas du "blé" interchangeable. Si vous exigez un salaire élevé, la demande pour vos services va baisser (courbe descendante), mais elle ne disparaîtra pas. Est-ce une "imperfection" du marché ? Non, c'est la preuve de votre valeur ajoutée !
Le danger, nous prévient Rothbard, c'est quand l'État utilise ce mythe de la "courbe horizontale" pour casser les grandes entreprises. Vouloir découper General Motors (ou Google aujourd'hui) en milliers de minuscules ateliers pour qu'ils ressemblent à des fermes de blé est une folie. On sacrifierait l'efficacité et l'innovation sur l'autel d'une théorie mathématique qui ne tient pas debout.
3. Le Vrai Visage du Monopole : Le Privilège d'État
Si la taille de l'entreprise n'est pas le problème, qu'est-ce qu'un vrai monopole ?
Pour Rothbard, la définition historique est la seule valide : Le monopole est un privilège exclusif accordé par le gouvernement.
Ce n'est pas le marché libre qui crée le monopole, c'est l'État qui interdit la concurrence.
- L'exemple des cartes à jouer : Le Roi d'Angleterre donnait à un courtisan le droit exclusif de produire des cartes. Résultat ? Le courtisan s'enrichit, le consommateur paie plus cher, et les concurrents potentiels sont... hors la loi.
- L'exemple moderne des Taxis ou des Compagnies Aériennes (avant dérégulation) : Ce n'est pas parce qu'une compagnie est "trop forte" qu'elle domine, c'est parce que l'État (via des organismes comme le CAB aux USA ou les licences de taxi) empêche physiquement et légalement les nouveaux entrants de proposer moins cher.
Regardez ce qui se passe quand ces barrières sautent : les prix chutent et les services s'améliorent (pensez à l'arrivée des compagnies low-cost).
4. Pourquoi les Cartels finissent toujours par s'effondrer
On nous agite souvent le spectre du "Cartel" : la peur que toutes les entreprises se réunissent dans une pièce sombre pour fixer des prix élevés. Rothbard est formel : sur un marché libre, les cartels sont instables et finissent par exploser.
Pourquoi ? Pour deux raisons psychologiques et économiques simples :
- La triche interne : Chaque membre du cartel a intérêt à vendre un tout petit peu moins cher en secret pour voler les parts de marché des autres. La confiance s'érode et l'accord éclate.
- La pression externe : Si un cartel maintient des prix artificiellement élevés, cela agit comme un aimant pour les investisseurs extérieurs. De nouvelles entreprises (non membres du cartel) vont se créer pour profiter de ces marges juteuses, forçant le cartel à baisser ses prix pour survivre.
Le seul moyen de maintenir un cartel sur la durée ? Encore une fois, c'est l'intervention de l'État pour le rendre obligatoire et empêcher les nouveaux entrants.
Conclusion : Moins cher, c'est mieux
Au final, le critère de jugement est simple. L'objectif de l'économie est de satisfaire le consommateur. Une baisse des prix (comme celle du pétrole ou des billets d'avion) est toujours une bonne nouvelle pour le niveau de vie global.
Ne craignez pas l'entreprise qui grandit parce qu'elle sert bien ses clients. Craignez celle qui utilise la loi pour empêcher les autres de vous servir.